Guide complet • Mis à jour mai 2026

Pacte Dutreil 2026 : exonérer 75% des droits de transmission

Le pacte Dutreil exonère 75 % des droits de donation ou succession d'une entreprise. Conditions, calcul et nouveautés loi de finances 2026.

Par France Succession Mis à jour le 9 min de lecture
Pacte Dutreil 2026 : exonérer 75% des droits de transmission

Pacte Dutreil

Transmettre une entreprise sans anticiper la fiscalité peut représenter plusieurs centaines de milliers d’euros de droits de mutation. Le pacte Dutreil est l’un des dispositifs les plus puissants du droit fiscal français pour organiser cette transmission dans les meilleures conditions.

La loi de finances 2026 l’a profondément réformé : durée d’engagement allongée, actifs de prestige exclus. Ce guide fait le point sur les conditions actuelles, le calcul concret de l’économie fiscale et les changements à connaître depuis le 21 février 2026.

Qu’est-ce que le pacte Dutreil ?

Le pacte Dutreil est un régime fiscal d’exception qui permet, lors de la transmission d’une entreprise à titre gratuit — que ce soit par donation ou par succession —, d’exonérer 75 % de la valeur des titres transmis des droits de mutation à titre gratuit (DMTG).

Cette exonération s’applique sans plafond de montant. Qu’il s’agisse d’une PME valorisée à 500 000 € ou d’un groupe familial à 20 millions d’euros, le taux reste identique. Seuls 25 % de la valeur constituent la base taxable, sur laquelle s’appliquent ensuite les abattements de droit commun.

Pour les entreprises individuelles, le dispositif équivalent est prévu à l’article 787 C du CGI, avec les mêmes conditions de fond.

Qui peut bénéficier du pacte Dutreil ?

Le dispositif s’adresse aux propriétaires d’entreprise qui souhaitent transmettre tout ou partie de leur société à leurs enfants, héritiers ou à toute autre personne, que ce soit :

  • de leur vivant, par donation ;
  • au moment du décès, par succession ou legs.

L’entreprise doit avoir une activité opérationnelle

La société transmise doit exercer une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale à titre prépondérant. Sont exclus du dispositif :

  • les SCI de gestion de patrimoine immobilier non professionnel ;
  • les holdings purement passives qui se contentent de détenir des participations sans animer leurs filiales ;
  • les sociétés civiles dont l’objet principal est la gestion d’un portefeuille financier.

Les sociétés holding dites « animatrices de groupe » peuvent être éligibles sous conditions strictes : elles doivent exercer un contrôle effectif sur leurs filiales opérationnelles et participer activement à leur gestion. Cette qualification est appréciée de façon exigeante par l’administration fiscale et la jurisprudence.

Les trois conditions du pacte Dutreil en 2026

Pour bénéficier de l’exonération, trois engagements successifs et cumulatifs doivent être respectés.

1. L’engagement collectif de conservation (2 ans minimum)

Avant la transmission, le cédant et au moins un autre associé doivent souscrire un engagement collectif de conservation des titres de la société. Cet engagement doit :

  • couvrir au moins 34 % des droits de vote et 34 % des droits financiers pour une société non cotée (17 % pour une cotée) ;
  • être en cours depuis au moins 2 ans au jour de la transmission.

Depuis 2019, un seul associé peut souscrire cet engagement seul. En cas de succession non anticipée, un engagement « réputé acquis » peut être reconnu rétrospectivement si le défunt et ses héritiers détenaient ensemble le seuil requis depuis au moins 2 ans.

2. L’engagement individuel de conservation (6 ans depuis le 21 février 2026)

À compter de la transmission, chaque héritier ou donataire doit s’engager individuellement à conserver les titres reçus pendant 6 ans à compter de l’expiration de l’engagement collectif.

3. L’obligation de direction (3 ans)

L’un des signataires de l’engagement collectif ou l’un des héritiers/donataires doit exercer effectivement une fonction de direction dans la société pendant les 3 années qui suivent la transmission.

Pour une société soumise à l’IS, il peut s’agir d’un gérant, président, directeur général, directeur général délégué ou membre du directoire.

Les nouveautés de la loi de finances 2026

La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 constitue la réforme la plus structurante du pacte Dutreil depuis sa création. Elle s’applique à toutes les transmissions réalisées à compter du 21 février 2026.

Engagement individuel allongé à 6 ans

L’allongement de 2 ans de la période individuelle de conservation porte la durée totale minimale d’engagement à 8 ans, contre 6 ans auparavant. Ce changement impose d’anticiper davantage la transmission.

Un dirigeant qui transmet à 65 ans doit s’assurer que ses héritiers conserveront les titres jusqu’à leurs 73 ans environ. Cette contrainte rend la réduction de 50 % pour donation avant 70 ans encore plus stratégique.

Exclusion des biens somptuaires

Jusqu’au 20 février 2026, l’exonération s’appliquait à la totalité de la valeur des titres transmis, y compris la fraction représentative d’actifs non affectés à l’exploitation de la société.

Depuis le 21 février 2026, les biens somptuaires détenus par la société et non exclusivement affectés à l’activité professionnelle sont exclus de la base exonérée. Sont notamment visés :

  • les logements mis à disposition de tiers ou d’associés à titre non professionnel ;
  • les véhicules de tourisme non dédiés à l’activité ;
  • les œuvres d’art, bijoux et objets de collection ;
  • les biens affectés à la chasse, la pêche ou les loisirs.

Chronologie des engagements — avant et après la loi de finances 2026

Avant le 21 février 20266 ans au total
Engagement collectif2 ans — ≥ 34 % des droits • signé par le cédant
Engagement individuel4 ans — Chaque héritier / donataire conserve les titres
Depuis le 21 février 20268 ans au total
Engagement collectif2 ans — ≥ 34 % des droits • signé par le cédant
Engagement individuel6 ans — Chaque héritier / donataire conserve les titres
+2 ans d'engagement individuel depuis la LF 2026. La transmission doit désormais être anticipée encore plus tôt pour conserver la réduction de 50 % avant 70 ans.

Combien économise-t-on ? Calcul et exemples

Principe de calcul en quatre étapes

  1. Valeur totale des titres — estimer la valeur vénale des parts ou actions de la société à transmettre.
  2. Appliquer l’exonération Dutreil — déduire 75 % de cette valeur. Seuls 25 % restent dans la base taxable.
  3. Appliquer les abattements de droit commun — déduire l’abattement applicable (ex. : 100 000 € par enfant tous les 15 ans pour une donation parent-enfant).
  4. Calculer les droits — appliquer le barème progressif des droits de donation ou de succession sur la base résiduelle.

Tableau comparatif : avec et sans pacte Dutreil

ÉlémentSans pacte DutreilAvec pacte Dutreil
Valeur des titres transmis2 000 000 €2 000 000 €
Après exonération 75 %2 000 000 €500 000 €
Abattement parent → enfant− 100 000 €− 100 000 €
Base imposable1 900 000 €400 000 €
Droits estimés (barème ligne directe)~617 000 €~78 000 €
Économie~539 000 €

Calcul simplifié — barème 2026, donation parent-enfant, hors réduction pour pleine propriété avant 70 ans.

Bonus : réduction de 50 % pour donation avant 70 ans

Si la donation porte sur la pleine propriété des titres et que le donateur est âgé de moins de 70 ans au jour de la donation, les droits calculés après l’exonération Dutreil sont réduits de 50 % supplémentaires.

Sur l’exemple du tableau ci-dessus : les droits passeraient de ~78 000 € à ~39 000 € — soit une économie totale de plus de 578 000 € par rapport à une transmission sans dispositif.

Cas pratique 1 — Artisan de 63 ans, donation à sa fille

Philippe, 63 ans, dirige une SARL d’électricité valorisée à 600 000 €. Il transmet 100 % des parts à sa fille Sophie. Un engagement collectif est en cours depuis 2 ans au moment de la donation.

Sans pacte Dutreil :

  • Base taxable : 600 000 − 100 000 = 500 000 €
  • Droits de donation estimés : 98 194 €

Avec pacte Dutreil + réduction avant 70 ans :

  • Exonération 75 % : 600 000 × 25 % = 150 000 €
  • Abattement : 150 000 − 100 000 = 50 000 €
  • Droits calculés : 8 194 €
  • Réduction 50 % (moins de 70 ans) : 4 097 €

Économie totale : plus de 94 000 €.

Cas pratique 2 — Succession, deux enfants héritiers

Françoise décède en laissant une SAS de restauration valorisée à 1 200 000 € à ses deux enfants, Lucas et Élise (50/50). Un engagement collectif était en cours au moment du décès. Chaque enfant souscrit un engagement individuel de 6 ans.

Par enfant (600 000 €) :

  • Exonération 75 % : 600 000 × 25 % = 150 000 €
  • Abattement successoral : 150 000 − 100 000 = 50 000 €
  • Droits par enfant : 8 194 € au lieu de 98 194 € sans pacte

Économie totale pour les deux enfants : ~180 000 €.

Les erreurs à éviter

Négliger l’attestation annuelle. La société doit adresser chaque année à l’administration fiscale une attestation certifiant que les engagements sont respectés. L’oubli ou le retard peut entraîner la remise en cause de l’exonération.

Confondre SCI et holding animatrice. Une SCI classique n’est pas éligible. Une holding qui se contente de détenir des participations sans les animer activement non plus. La qualification d’« animatrice » doit être documentée avec précision et maintenue dans la durée.

Ne pas anticiper le seuil des 70 ans. Avec 8 ans d’engagement total depuis 2026, un dirigeant qui attend 68 ou 69 ans pour entamer la démarche risque de ne plus pouvoir bénéficier de la réduction de 50 % pour donation avant 70 ans. Planifier la transmission dès 60-65 ans est désormais recommandé.

Intégrer des actifs somptuaires depuis 2026. Si la société détient des biens non affectés à l’activité (logement de prestige, véhicule de tourisme, œuvres d’art), leur valeur doit désormais être retranchée de la base exonérée. Un inventaire patrimonial précis de l’entreprise est indispensable avant toute transmission.

Pour approfondir votre stratégie de transmission, consultez notre guide complet sur la donation de son vivant, ainsi que notre article sur les abattements applicables en matière de succession.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le pacte Dutreil ?

Le pacte Dutreil est un dispositif fiscal prévu par l'article 787 B du Code général des impôts permettant d'exonérer 75 % de la valeur d'une entreprise lors de sa transmission par donation ou succession, à condition de respecter des engagements de conservation des titres et d'exercice effectif de la direction de la société.

Quelle est la durée d'engagement dans le pacte Dutreil depuis 2026 ?

Depuis la loi de finances 2026 (applicable aux transmissions à compter du 21 février 2026), la durée totale minimale est de 8 ans : 2 ans d'engagement collectif de conservation, puis 6 ans d'engagement individuel pour chaque héritier ou donataire. Avant cette réforme, l'engagement individuel était de 4 ans, soit 6 ans au total.

Quelles entreprises peuvent bénéficier du pacte Dutreil ?

Toute société exerçant à titre prépondérant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale. Les SCI classiques, les holdings purement passives et les sociétés civiles patrimoniales ne sont pas éligibles. Les sociétés holding animatrices de groupe peuvent l'être sous conditions strictement vérifiées.

Peut-on cumuler pacte Dutreil et abattement de 100 000 € entre parent et enfant ?

Oui. L'exonération Dutreil de 75 % réduit d'abord la valeur taxable des titres transmis. L'abattement de droit commun de 100 000 € par enfant — renouvelable tous les 15 ans — s'applique ensuite sur les 25 % restants, réduisant encore davantage la base imposable.

En quoi consiste la réduction de 50 % pour donation avant 70 ans ?

Lorsque la donation porte sur la pleine propriété des titres et que le donateur est âgé de moins de 70 ans au jour de la donation, les droits calculés après l'exonération Dutreil sont réduits de moitié supplémentaire. Cette réduction s'ajoute aux 75 % d'exonération et peut porter l'économie fiscale totale à plus de 87 % des droits initiaux.

Que se passe-t-il si l'engagement est rompu avant son terme ?

La rupture de l'engagement entraîne la déchéance du régime Dutreil. Les droits de mutation non acquittés deviennent immédiatement exigibles, assortis des intérêts de retard. Certaines opérations de restructuration (fusions, apports) peuvent être neutres si les engagements sont maintenus dans le cadre de la nouvelle entité.

Photo de Thomas Legrand, juriste spécialisé en droit des successions

Rédigé par

Thomas Legrand

Juriste spécialisé en droit des successions · Directeur de publication

Juriste avec plus de 20 ans d'expérience dans le droit notarial et le conseil en transmission patrimoniale. Fondateur de France Succession en 2026.

→ Voir son profil complet